Depuis deux jours rien ne va plus,
tel un aveugle, j'avance
perdu.
Je frôle des gens ou des
objets
Quoiqu'il en soit tout reste
muet.
Rien ne me parle, ni me
rassure.
Et moi qui pensais etre "mure"
...
"J'suis rien qu'une pomme encore
verdie
tombé trop tôt de son pommier."
Et j'suis là, à attendre mon tour,
attendre que les animaux des alentours
viennent gouter ma chaire,
s'en régaler, me laissant vide les tripes à l'air.
Depuis deux jours rien ne va plus,
un truc qui cloche mais je ne sais plus ...
Depuis deux jours rien ne va plus,
Je l'ai déjà dit ? Je crois ... Je ne sais plus ...
J'ai reçu un coup quelque part, sur ce corps.
Il était ma coquille ... Mais plus alors.
Je l'ai laissé dans un coin, il ne m'est plus utile.
Bien trop lourd, avec lui je devenais mal habile.
Il faisait peur ... meme à moi
Trop pesant, trop présent, oppressant.
Il en était presque ... impressionnant si ... si seulement ...
La violence dans ma chaire avait rongé mes os.
Cherchant à s'évader ... jusqu'à percer ma peau.
Une entaille profonde dans mon épidèrme, un trou béant ...
Déversant, du dedans au dehors pour servir les passants.
"En guise de repas, mes entrailles fertiles!"
Mais nul ne les ramasses ... ça piétine et fretille ...
Et moi j'ai mal au bide.
Le ventre en feu, le coeur qui sue,
Je vomirais bien ma bile ...
Mais j'en ai plus.
Je croyais qu'une main saurait me tirer plus haut
Me montrerais ce monde que je rêvais bien plus beau.
Dis ... A quoi bon passer dèrriere les écoutilles ?
Les cannons ont tiré ... mon estomac vacille.
Posé au dessus de moi ... je vois ton regard vide et lassé
Pas une vague, ni d'océan limpide ... une étendue aride et asséché.
Visage fourbe, lèvres tant de fois embrassé,
si calme est l'ironie de mes plaisirs passés.
Le passé ... calmement, mais surement semble me rattraper,
Tissant lentement sa toile qui nous lie aux regrets,
n'offrant pas plus de raison présentement que ton absence.
Le corps aveugle, les jambes malades j'avance,
Mon ame s'embale, la tete sale j'avance ... il est là mon malheur.
La pièce est vide ... J'trouve plus d'obstacle et je prend peur.
Dans ce néant infini, j'entends des pas qui viennent à moi.
Un fou s'approche ... il s'approche puis ... il s'arrete ... à mon chevet,
glissant au creux de mon oreille le murmure de sa voix :
"Poursuis plus loin ... Poursuis plus loin !!"
Je devine à son ton les discours d'une ère passé,
mais à la fois le langage d'un nouveau né
que ces mots liés semblent étrangler.
Je me lève alors et m'éloigne
Je me retourne "rien", bien m'en témoigne
J'avance alors ... J'avance ...J'avance encore ...
Quand soudain tout autour, je sent la mise à mort.
Je crois d'abord qu'on me piège;
"où sont les fourbes et les flatteurs,
les traitres, les laches et les menteurs ?"
Mais nul ne m'assiège.
Au dehors tout est calme, le blanc couvre l'horizon d'un doux voile infini
La neige est tombé par ici ... Dans un coin semble m'attendre une envie.